Étape 3 · Choisir et négocier le financement · Leçon 3 sur 6
Le prix de l’argent, d’un pays à l’autre
Emprunter coûte environ deux fois plus cher à Antananarivo qu’à Port-Louis, et un prêt en dollars ne règle pas le problème quand on encaisse en ariary. Cette leçon vous fait chiffrer ce que coûte une baisse de l’ariary, puis choisir la monnaie de votre dette.
Le prix de l’argent en 2026
Une entreprise emprunte autour de 18 % à Madagascar, autour de 9 % à Maurice
Ce sont les ordres de grandeur du crédit bancaire aux entreprises, publiés en 2026. Sous chacun, le graphique montre le taux directeur : le prix auquel la banque centrale prête aux banques.
Taux directeurs : publiés par les banques centrales. Crédit : moyennes et ordres de grandeur ; à Maurice, les taux de base des banques vont de 6,9 à 8,2 %. Votre offre écrite peut être différente.
Le taux directeur n’est pas ce que vous payez. La banque part de là et ajoute son coût de refinancement, le risque qu’elle prend sur vous et sa marge (la marge bancaire). À Madagascar, cet empilement mène de 12,5 % à environ 18 %.
Face à 18 %, une offre en dollars ou en euros à un taux bien plus bas paraît évidente. Elle mérite d’être chiffrée avant d’être signée. C’est l’exercice de la carte suivante.
Testez un prêt en dollarsÀ vous
Un prêt de 200 000 dollars, remboursé avec des recettes en ariary
Exemple chiffré, inventé pour l’exercice. Une entreprise qui vend en ariary emprunte 200 000 dollars. Au cours du 23 septembre 2026, environ 4 380 Ar pour un dollar, cela fait 876 millions d’ariary. Faites baisser l’ariary avec le curseur et regardez le capital à rembourser.
Exemple chiffré · Baisse de l’ariary face au dollar, sur la durée du prêt : -20 %
Un dollar coûte cours de départ ÷ (1 − baisse). À −20 % : 4 380 ÷ 0,8 = 5 475 Ar, un dollar 25 % plus cher. Cours de départ : environ 4 380 Ar/$ au 23 septembre 2026. Capital seul, sans les intérêts.
Les valeurs de l'exemple. Dans votre espace KAPEX, ce calcul se fait avec vos propres chiffres.
À −20 %, le capital passe de 876 à 1 095 millions d’ariary : 219 millions de plus. Ni le contrat ni le taux d’intérêt n’ont changé. Seule la valeur de votre monnaie a bougé face à celle de votre dette. Les financiers appellent cela l’exposition de change.
Le dollar a pris 25 %, et non 20 % : si l’ariary perd un cinquième de sa valeur, il en faut un quart de plus pour acheter le même dollar.
Mettez ce chiffre en face de l’économie d’intérêts. Sur 876 millions, dix points de taux en moins font gagner environ 88 millions par an. Il faut deux ans et demi de cette économie pour couvrir 219 millions (calcul simplifié, sur le capital de départ).
D’où vient l’écart
L’écart vient du pays, pas de votre dossier
Un prêteur en ariary doit d’abord se protéger de l’inflation. À Madagascar, les prix ont monté de 8,6 % sur un an (juin 2026). Voici ce qui lui reste une fois cette hausse retirée.
Taux réel ≈ taux d’intérêt − inflation. C’est une approximation, suffisante pour comparer deux pays ou deux offres.
Ce qui reste après l’inflation s’appelle le taux réel. À environ 9,4 %, il reste élevé, pour deux raisons qui tiennent au pays.
Le risque de l’État. Les banques prêtent aussi à l’État en achetant ses titres. En règle générale, une entreprise n’emprunte pas moins cher que son État, sauf garantie venue de l’extérieur.
La taille du marché. Peu de banques et peu d’épargne longue, donc peu de prêts longs. Un prêt à sept ans en ariary est rare, et cette rareté se paie.
Rien de cela ne juge votre projet. Cela pèse en revanche sur votre plan : le coût de la dette se calcule avant de choisir la forme du financement.
Les deux façons d’emprunter
En monnaie locale, le prix est affiché ; en devises, une partie du prix est cachée
- Taux plus élevé, connu à la signature.
- Pas de risque de change si vous encaissez dans cette monnaie.
- Durées souvent plus courtes.
- Montants limités par la taille du marché local.
- Taux plus bas.
- Risque de change pendant toute la durée du prêt.
- Durées plus longues possibles.
- Souvent le seul accès au-delà d’un certain montant.
Pratique courante des banques de la région ; durées et montants dépendent de chaque prêteur. La bonne colonne est celle de la monnaie de vos recettes.
La règle de la monnaieÀ vous
Empruntez dans la monnaie de vos recettes
C’est la règle de prudence habituelle chez les prêteurs. Recettes en ariary, dette en ariary. Recettes en euros, une dette en euros ne vous expose pas : la monnaie qui entre paie la monnaie qui sort. Parcourez l’arbre avec votre propre situation.
Emprunter en devises ou en ariary ?
Question 1
Une partie de vos recettes arrive-t-elle en devises (export, tourisme, contrats en dollars ou en euros) ?
Voir tout l'arbre
Une partie de vos recettes arrive-t-elle en devises (export, tourisme, contrats en dollars ou en euros) ?
- Oui
Ces recettes en devises suffisent-elles à payer, chaque année, les échéances d’un prêt en devises ?
- OuiUne dette en devises est défendable, à hauteur de ces recettes.
- NonPartagez : en devises ce que vos recettes en devises couvrent, le reste en ariary.
- Non
Une banque locale peut-elle prêter le montant et la durée dont vous avez besoin ?
- OuiEmpruntez en ariary.
- Non
Un fonds de garantie, un financement mixte ou une couverture de change peut-il porter une partie du risque ?
- OuiEmpruntez en devises avec cet outil, et chiffrez la baisse de 20 % dans votre dossier.
- NonRevoyez le montant ou la durée avant de signer en devises.
Règle de prudence courante, pas une obligation légale. Chaque prêteur a sa propre politique sur le risque de change.
Quand vos recettes en devises paient vos échéances en devises, on parle de couverture naturelle : elle ne coûte rien et ne demande aucun contrat. Elle ne vaut que jusqu’au montant de ces recettes. Par exemple, un exportateur qui fait 40 % de son chiffre d’affaires en euros peut porter une dette en euros de cet ordre, pas tout son financement.
Si vous vous écartez de la règle, dites-le dans le dossier et expliquez pourquoi. L’analyste fera le calcul de toute façon.
Ce qui existe pour combler l’écart
Quatre outils qui font porter une partie du risque par quelqu’un d’autre
Ils ne font disparaître ni l’écart de taux ni le risque de change. Ils les déplacent vers une institution mieux placée pour les porter.
Ces outils se demandent avant le comité de crédit, pas après sa décision. Un prêteur à qui l’on apporte une garantie extérieure peut revoir son prix.
Dans votre dossier
Un calcul, puis une phrase pour votre dossier
Empruntez dans la monnaie de vos recettes ; si vous vous en écartez, chiffrez une baisse de 20 % et écrivez-le.
La monnaie dans laquelle vous demandez. Si ce n’est pas celle de vos recettes, la question du change viendra au premier rendez-vous.
C’est souvent la durée, plus que le montant, qui décide si une banque locale peut vous suivre. Indiquez une durée réaliste.
Ces champs ne disent pas dans quelle monnaie vous vendez. Précisez-le dans la description : c’est ce qui justifie, ou non, une dette en devises.
Une phrase sur la monnaie de vos recettes et celle de votre dette, sur le modèle ci-dessous.
FAQ
Une baisse de 20 % de l’ariary est-elle réaliste ?
Personne ne peut prévoir le change, et nous ne le faisons pas. 20 % est un scénario de test, pas une prévision. Sur un prêt de cinq ans ou plus, testez aussi 30 %, la limite du curseur.
Je vends en ariary mais j’achète en dollars. Cela change-t-il quelque chose ?
Oui. Vos achats importés vous exposent déjà au change. Une dette en dollars ajouterait un second risque dans le même sens. C’est une raison de plus pour emprunter en ariary, ou pour demander une couverture.
Les mots de cette leçon
Chaque mot renvoie à sa définition complète dans le glossaire.
- Taux directeur
- Le taux auquel la banque centrale prête aux banques. C’est un plancher : les banques vous prêtent toujours plus cher.
- Taux réel
- Le taux d’intérêt moins la hausse des prix (l’inflation). C’est ce que l’argent coûte vraiment une fois l’inflation déduite.
- Marge bancaire
- Ce que la banque ajoute à son taux de départ selon le risque de votre dossier ; c’est la partie qui se négocie.
- Exposition de change
- Le risque de perdre de l’argent si la monnaie de vos ventes baisse face à celle de votre dette.
- Couverture naturelle
- Emprunter dans la monnaie où vous vendez : vos ventes et votre dette montent et baissent ensemble, sans contrat à payer.
- Fonds de garantie
- Une institution qui ne vous prête rien, mais qui prend à sa charge une partie de la perte de la banque si vous ne remboursez pas.
- Financement mixte
- De l’argent public ou philanthropique placé devant l’argent privé, pour absorber les premières pertes.
- Taux d’intérêt
- Le prix que vous payez chaque année pour emprunter, en pourcentage de la somme prêtée. À 15 %, 1 000 000 Ar coûtent 150 000 Ar par an.
- Chargé d’affaires
- La personne du financeur qui suit votre dossier, l’étudie et le présente au comité.
- Comité de crédit
- La réunion où un groupe de responsables du financeur décide de dire oui, non, ou oui sous conditions à votre dossier.
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